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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 23:00

Je n’ai pas connu Césaire, mais en voisin d’enfance je croisais régulièrement Léopold Sédar Senghor du côté de Verson, en Normandie – terre natale de son épouse. Négritude et Calvados hors d’âge. Pour moi, Verson fut surtout cette petite équipe de foot dont je portai le maillot orange deux saisons de suite, aux alentours de mes quinze ans. Sous ces couleurs qui nous faisaient ressembler à l’Ajax d’Amsterdam, je fus un piètre footballeur – mais curieusement le meilleur butteur du championnat. Le ballon m’échappait, je ne savais qu’en faire, ne contrôlant absolument rien, j’étais maladroit et rapide, personne ne me prenait trop au sérieux, personne ne voyait très bien où je voulais en venir  – et quand le ballon finissait sa course étrange au fond des filets j’éclatais de rire, comme d’une bonne blague que je me serais faite à moi-même ; comme d'un triomphe personnel sur le scepticisme. Senghor s’intéressait-il aux prouesses de son club de foot ? On le disait Président du Sénégal, mais c’était loin, Dakar, on ne situait pas très bien. On le disait surtout poète. Des professeurs, au lycée Malherbe de Caen, nous citaient parfois ses œuvres. Je me disais en moi-même également poète, mais curieusement jamais l’idée ne me vint d’aller troubler la retraite du grand homme. On se contentait de regarder passer sa voiture officielle (officielle, ça, je ne sais plus, dans mon souvenir un petit drapeau sénégalais flottait sur les ailes mais je n’en suis plus très sûr). On disait : « Tiens, c’est Senghor ». Il avait fini par faire partie du paysage, au milieu des pommiers et des champs de pluie. (Oh filles de Normandie, comme vos chevelures accrochaient bien les bruines incessantes !) Ainsi dans mes souvenirs les odeurs de pommes sures, de crampons de football et de terre trempée sont-elles associées à l’autre grand poète de la négritude venu du Sénégal. Et au fond c’est ce monde-là que j’aime : la plénitude d’un terroir avec l’entier du monde. Ainsi avancer : tout ennégré de poésie.

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Published by Gérard - dans Carnet d'esquisses
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commentaires

alam 14/06/2009 09:56

je vous envie ! enègré de poésie sous les pommiers
! j'aurai aimé rencontré Césaire ; hélas c'est trop tard !

Clash Foot 11/06/2009 20:20

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Amicalement.