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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 14:55

"Vous devez faire partie de l'intelligentsia pour écrire des choses pareilles; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide". La phrase est d'Orwell, c'est Pierre Ryckmans (Simon Leys) qui la cite à propos de la récente publication "non autorisée" de Roland Barthes, "Carnets de voyage en Chine" (Bourgois, hélas).  Quand un aréopage de Tel Quel se met à voyager, sûr, le pire est à peu près certain. Nous sommes en 1974, en pleines purges maoïstes ; nos intellectuels sont invités à être pour quelques semaines les GM hallucinés du grand camp de vacances chinois. Barthes, l'homme qui pensait en fiches et dont les pitoyables "fragments du discours amoureux" s'arrachèrent durant 20 ans auprès des rosières et des ménauposées oeuvrant en facultés, s'insurge : non pas des massacres ni des déportations dont le peuple chinois est continuement la victime, mais de la médiocrité des plateaux repas servis sur Air-France. Si si, il menace même d'une lettre de réclamation. Jovialité touristique, morgue germanopratine et purges maoïstes : un vrai portrait en mouvement de nos "intellectuels". Tels quels, en effet. Tout est dit, une fois encore, par Pierre Ryckmans dont il faut relire un à un tous les livres. Son écart nous est cher. Soyons seuls avec lui.   

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Published by Gérard - dans Carnet d'esquisses
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commentaires

Gérard 23/02/2009 14:05

Je mets ici, en marque page, ma contribution à la question posée par le Matricule des Anges : qu'attendez-vous de la critique littéraire ?

"Un livre, un vrai, est toujours une terre étrangère. Que la critique soit celle qui indique une entrée possible, dans toute sa nouveauté ; qu'elle ignore résolument le nom de celui qui écrit, ses réseaux, son entregent; qu'elle n'entende que la voix. Qu'elle ferme les yeux : qu'elle écoute si cette voix est juste ou non. Que rien d'autre ne compte ; ni les piles de livres vendus, ni les poses avantageuses sur 4e de couverture, ni les accointances. Ecouter si ça parle.
Si l'on procédait ainsi, on parlerait sans doute de moins de livres, d'autres livres. Et quelques choses me dit que l'on s'adresserait alors à davantage de lecteurs qui, percevant la force de l'ouvrage sous la sincérité de la critique, reprendrait le chemin des librairies.
Il faut que la critique échappe à ce qui a déjà tué le journalisme : la complaisance. A la place : le plaisir. Vrai".

Gérard 13/02/2009 13:54

Intéressant en ce moment : ce retour des périphéries révoltées (Guadeloupe, Martinique, Réunion, Guyanne... ) vers le centre vide, qui montre comment évolue les mouvements nouveau de ce siècle nouveau. Soutien, absolu soutien à mes amis de l'Outre-Mer, dégoût tout autant absolu pour l'irrespect et l'inconséquence à leur égard dont témoignent l'Ubu Nain et ses sbires.

Jan Abbie 10/02/2009 16:57

Je ne sais pas quoi penser de ce que vous dîtes là. La polémique actuelle s'insurge de problèmes "héritoriaux" plutôt que du contexte politique de l'époque...

Gérard 09/02/2009 21:26

Note de bas de page : P.Ryckmans est l'auteur, entre autres merveilles, de "Propos sur la peinture de Shitao-citrouille amère". Je lui dois entre autre le petit texte publié ces jours-ci par le beau site de Christine Bauer
http://regardaupluriel.hautetfort.com/