Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 18:53

L'art qui vient est un art des lisières, des terres de rencontre. Le siècle qui s'annonce est celui des grandes migrations, des grands métissages. Sédentaire et nomade : deux mots qui se mêlent  et perdent peu à peu leurs sens anciens ; parce qu'aujourd'hui le mouvement est partout. Nous assistons à la fin des continents, de la pensée-continent. Est venue l'ère des flux.

Combien de présences invisibles, là-dessous, tandis que votre Boeing passe comme une ombre au-dessus de la grande forêt amazonienne, entre Belem et Manaus ? Qui va savoir nommer les choses lorsque la langue de ces invisibles sera tarrie tout à fait ? Leur "donner la parole", selon le voeu de Raymond Depardon, pour sa magnifique expo de la Fondation Cartier (Paris)."Donner la parole": mais nous n'avons pas à la donner. Elle existe indépendamment de nous. Nous n'avons sur elle aucun droit, aucune prérogative. Ce que nous pouvons offrir, c'est notre écoute.

Terre-forêt. Les esprits sont morts et nos pensées sont vides. Les hommes blancs sont venus. Ils ont dit la forêt est à nous et nous nous avons ri, comment confisquer l'air qu'on respire. On n'aurait jamais cru une telle chose possible. Nous savions vivre dans la forêt. Nous n'étions pas pauvres, alors. La terre-forêt, ce n'était pas seulement un territoire, c'étaient aussi nos ancêtres, nos enfants, les eaux auxquelles nous abreuver, le gibier pour satisfaire notre faim, les mythes qui soutiennent notre réalité. Notre pouvoir est très ancien, mais je ne me souviens plus des paroles sacrées. Personne ne sait plus qui il est. Nous sommes les derniers. Voilà la vie que je mène. L'homme blanc a laissé son avidité empoisonner son esprit, il a oublié le temps du rêve. Il n'entend plus les esprits de la terre-forêt. C'est comme ça. Ce dont on ne peut plus parler, mieux vaut le taire.



TERRE NATALE - Raymond Depardon-Paul Virilio
Fondation Cartier (Paris) jusqu'au 15 mars 2009.
http://fondation.cartier.com/main.php?lang=1&small=0

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard - dans Chemin faisant
commenter cet article

commentaires

Gérard 26/01/2009 20:42

Merci, je n'aime en effet les parallèles que dans leur tentation à bifurquer !!

lam 26/01/2009 12:47

wouah quel beau texte , il a des relents de tout-monde et de tant d'autre chose , il pose des questions essentielles , semble nous dire qu'une trajectoire parallèle est prête à bifurquer , que nous permutons (histoire de dire oui j'ai écouté les entretiens , j'aime cette idée des lisières et des marges qui est à creuser , bref tant de choses à dire , un chanson de souchon me revient , tu verras bien qu'un beau matin fatigué ...;peut être qu'il en est temps ..;
mais je fais le lien avec kerouak , être à la lisière et cependant trouver de la beauté dans la vitesse et puiser dans nos ressources stable , c'est dingue mais il faut être dingue pour voir ça , et supporter la vitesse , complexe
bonjour