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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 14:26

Quel échec que le web de création littéraire ! Surtout comparé aux sites d'information littéraire, ces passeurs admirables. Pauvres collections de manuscrits un peu tocards publiés "live", sans aucun tri, quand ce n'est pas carrément commercialisés, comme si le manuscrit n'était pas au contraire ce long cours du texte intime, cette germination lente et secrète qui ne doit précisément éclore au public qu'entouré des mille soins d'un éditeur attentif, fruit d'un long tête à tête raisonné entre l'exprimable et le recevable... Comment sauront-ils, ces auteurs trop tôt venus, le prix de l'attente, du long hiver artiste, des tempêtes intérieures - le vrai de vrai  désir de parler à sa tribu, cette force qui pousse à l'inventer de rien, cette tribu, si besoin est ? Que sont donc ces textes d'office présentés-vendus à d'éventuels lecteurs, sinon impudeur abjecte, crasse vulgarité ? On pose à l'auteur, on pose à l'écrivain. Mais où a-t-on vu que pour écrire il suffisait d'écrire ?

Et le livre numérique ? La nouvelle vague des e-book propose une capacité de stockage mémoire équivalente à 160 ouvrages. Très bien. Formidable. Mais pour quelle raison emporterais-je 160 bouquins, ça, je vous le demande un peu ? Une Pléiade suffira toujours amplement à remplir mes congès payés sur mon île déserte, et sinon ma bibliothèque, plus proche des 6000 livres, a tout pour combler mes fringales ; à quoi bon alors un objet, moderne, ô moderne, mais dont le temps d'usage n'existe pas ? Ce positivisme hystérisé de bobos ignares et de techno-réac commence à me taper sur le système; ainsi il faudrait tout avaler, au prétexte que c'est là... Non messieurs, remballez vos PLV vos pubs et vos notices, ne gadgétisez pas un peu plus la littérature, pour ça on a déjà Angot.

Parfois je me surprends encore à parcourir ces sites réputés en pointe en matière de textes numériques, d'expérimentations web. "Précurseurs", comme ils se nomment eux-mêmes sans rire - car l'humour manque, considérablement, dans ce petit réseau des "geeks" littéraires, un rien dadais, vétilleux, consanguins et abominablement conformistes. So what ? Que disent-ils de plus d'un texte qu'un Butor qu'un Perec qu'un Breton n'aient pas déjà dit ?

Franchement ? Rien.   

Le web est un atelier. Un ban d'essai. Un lieu modeste où il fait sombre encore. On esquisse, on tente, on expérimente. C'est un honnête moteur à textes. On s'exerce, on s'astreint. Une bonne école pour des scripteurs peu sérieux comme moi. Un stimulant. Mais rien de plus; ce serait, sinon, confondre l'amour avec le viagra.

 

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Published by Gérard - dans Signes de piste
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commentaires

lam 17/01/2009 12:37

pour moi , il faut avoir faim pour écrire , peindre etc ... une faim n'importe laquelle , celle donner tellement on a faim , d'une certaine manière ( le superbe texte de ntozake Shange sur la poésie)
afin que ceux qui ont faim puissent s'y nourrir , ensuite sans doute qu'à force de ruminer , de polir l'organe poétique on peut arriver à un sublime de la forme poétique , elle peut aussi venir toute seule ,
les usines à écrivains m'ennuient , comme les supermarchés , l'idée qu'il y a quelque chose comme la littérature , j'en doute si elle m'ennuie , car c'est bien dans la lecture , dans cette joie de lire , voir , écouter que se situe la magie ,
voila ce que semble me dire Maqroll el Gabiero lorsque je lis Mutis , qui m'enchante !
sinon autant prolonger la balade vous avez raison ,
une plongée dans la vie pour en ressortir plus vivant et alimenter le patient en oxygène , en quelque sorte !
ravi de découvrir votre blog !
lam

Gérard 18/12/2008 12:38

Suspension, distance - de cette distance qui dit l'approche; assorties d'une terrifiante obstination. Vous avez raison, la voie poétique est faite, me semble-t-il, en bonne partie de ça.

Mth P 18/12/2008 11:35

J'aime bien l'idée que le poète, à son insu mais de son plein gré fasse taire le brouhaha par l'étrangeté pourtant familière de ses propos. Dans une conversation ordinaire, et a fortiori dans la vaste cour des miracles d'internet, on ne parvient guère à endiguer ou mieux faire cesser un juste instant le flux pour écouter, écouter vraiment, c'est à dire accueillir en silence et à pleine conscience ce qui est dit. Autant dire cette attention à l'autre qui fait cruellement défaut partout et toujours. Le poète propose cette suspension là, en suggérant un pas de côté, un léger décalage, une légère déviation du regard qui permet de ne plus appréhender le monde comme une proie, mais comme une galaxie suffisamment éloignée pour pouvoir la considérer dans sa totalité en ne contemplant que d'infimes détails insignifiants à l'oeil ordinaire. C'est en captant le regard , en décodant ce qu'il voit , ce à quoi il s'intéresse, nous répète Bernard Noël que l'écrivain parvient à toucher et modifier la pensée de l'autre, de l'autre en soi aussi. C'est toujours la même idée finalement. Il faut se mettre en arrêt et en attente pour comprendre. Je suis frappée par la brièveté de votre commentaire, contrastant avec le flux impétueux du précédent. C'est pour moi la preuve que vous avez lu ce que j'avançais sans aucune prudence, en terre totalement inconnue. C'est par le tiers-livre, donc par la voie bloggueuse que j'ai atterri chez vous. Pour vous remercier, je vous laisse ce poème de François CHENG que j'adresse au poète, à tout humain ayant le goût de poétiser l'endroit où il respire :

L'univers peut s'effondrer
Tu restes de marbre
Le sang de la passion
Coule encore dans tes veines
de dragon

Certains soirs
Quand le couchant s'oublie
Tu te fais lointain
Lançant soudain l'éclair, l'averse
l'ouragan


F.C. DOUBLE CHANT Encre Marine

Gérard 17/12/2008 23:49

Ecriture et lecture pour tous me paraît en effet un bon programme. Il y a du chamane chez le poète, l'expression d'une étrangeté qui parle au nom de tous, dans un entier partage.

Mth P 17/12/2008 02:18

A Stockholm , LE CLEZIO disait , il y a une semaine, que l'écrivain rêvait d'écrire des livres pour les gens qui ont faim et ne peuvent en acheter alors qu'il faisait le constat selon le quel ce n'étaient que ceux qui n'avaient pas faim ( pour de vrai) qui en achetaient... On ne va donc pas s'en sortir facilement ? Le "banal" c'est donc l'accès au casse-croûte, et si on réfléchit bien, la question qu'on évite soigneusement de poser dans les milieux débranchés du people, c'est "qui au final, a le droit d'écrire et de publier" même à pitance similaire ? Il y a déjà pas mal de bousculades devant les buffets littéraires à ce qui est visible tous les jours , bien banalement. Je lis votre texte comme un bel exercice d'autodérision. Il fait bien craquer son prétentieux sous la dent... ( pas vous le prétentieux ! non, plutôt l'écrivant lambda qui s'imagine que... ). J'ose espérer , pour l'avenir du numérique, que l'usage des mots transcende la pulsion multiplicatrice débridée ( fuite en avant ), et qu'elle rejoigne en proximité vive, sous tous les prétextes, la vie des gens, de nous tous, prêts à s'enthousiasmer pour les capacités créatrices ponctuelles ou talentueuses d’un enfant, d'une concierge, d'une technicienne de surface, d'un éboueur, d'un comptable, d'une boulangère , d'un chevrier , d'une étudiante en médecine obligée de faire des nuits d'aide soignante ou d'infirmière à l'hosto pour financer ses études sans dormir son taf, d'un primo-arrivant kosovar, iranien, tchétchène, africain ou d'autre part qui attend en vain et en rétention l'obole de l'europe pour sauver sa peau d'homme et celle des siens, de cette vieille femme qui ramasse les fruits pourris à la fin des marchés dans ses cabas souillés... J'en passe et des plus tristes encore... Pour moi, un écrivain , est l'homme ou la femme que je côtoie , en ligne ou en direct, et qui me parle non seulement de sa vie, de sa vie intérieure , mais tout autant de la vie des autres, sans cynisme, sans jalousie, avec modestie et générosité, le contraire d'un arriviste, et d'un adepte du moi-moi-moi, mon nombril et ma jouissance. Ecrire dans les premiers élans , c'est souvent crier (ou faire semblant pour voir l’effet qua ça fait à soi et aux autres). On peut aussi réapprendre à chanter seul ou plusieurs, a capella et sans complexes. JACCOTTET parle de la « capacité à chantonner », comme ultime privilège de la création littéraire parvenue à son essoufflement naturel . L'écriture et la lecture pour tous, voilà ce qui me paraît envisageable , et pour tous ceux et celles qui veulent en faire quelque chose de sincère et de solidaire.