Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 11:46

7 décembre – Eglise baptiste sur Malcolm X Avenue (Lenox Av.) dans Harlem ce dimanche matin pour écouter le gospel. Beauté des voix. Ferveur du rythme. Sur l’estrade un type tombe littéralement en transe, extatique, la tête rejetée en arrière - il doit être emmené – « Thank you Lord », ne cesse-t-il de répéter comme une mécanique dont le ressort aurait été exagérément remonté. La religion est un pouvoir politique qui a confisqué le rapport sacré que l’homme entretenait spontanément avec les êtres et les choses. Par le gospel, par la force du chant, ce rapport naturel est rétabli. Le rythme emporte l’esprit vers la transe primordiale, frôlement de chaos – par le souffle, le chant dirige cet emportement, en conduit la progression à travers le miracle de sa beauté. On m’avait simplement demandé avant d’entrer d’où je venais. A un moment tous les paroissiens habituels de la petite église se sont tournés vers les visiteurs et, après que le prêcheur eut évoqué une à une nos origines diverses, Japon, Australie, Belgique, France, ils ont entonné un chant de bienvenue. Sur le visage de ces hommes, de ces femmes, j’ai lu alors comme jamais toute la profondeur de ce qu’il faut bien appeler la bonté humaine, si tu ne crois plus à ce mot-là va donc faire un tour là-bas, pas pu longtemps les regarder en face pour ne pas être bêtement submergé par l’émotion.  

 

En revenant du Guggenheim le long de Central Park, soleil bas et blanc sous une bise arctique, noté : « Un artiste est d’entre tous le grand inespéré. Personne ne peut avoir idée des tempêtes qu’il a du affronter, ni des épreuves dont il a su émerger ». Traîner au MoMa devant les tableaux de Jackson Pollock – ne pas voir, rompre avec le visible mais retrouver en soi le temps du geste de l’artiste, cet emportement, le sentir dans son corps. Participer à cette danse fauve. Devenir ce trait spiralé et brownien, l’élan furieux de ce trait – la recherche silencieuse de la limite.

 

Times Square Times Square quadrature des heures traversée de lumières étincelantes et marées continuelles des cabs jaunes et étincelants sous les néons nuit d’hiver tôt venue foule des passants bien emmitouflés bardés de paquets pour les fêtes, il y a de l’oubli de soi bien sûr dans toute cette agitation mais pas de malignité, l’Amérique est un rêve pragmatique, l’hallucination d’un bonheur paisible, les nouvelles Dow Jones en phrases serpentines s’enroulent et se déroulent le long des façades, au loin sur un building l’heure qu’il est, la température qu’il fait (moins dix, toujours, brrr...), que saurons-nous de cet instant, la couverture géante du Time Magazine avec le portrait d’Obama, Times Square Times Square aux trottoirs fauves zébrés de rouge, de jaune, de bleu, les visages sous les néons prennent d’étranges peintures apaches, où est-il mon vieil hôtel indien sur le Times Square d’autrefois, détruit, remplacé, effacé jusque dans les mémoires – la danse du temps et des choses, la danse étrange des lieux qui changent, des hommes qui changent, la vieille vieille route, l’antique piste où il te faut aller seul pour y danser à ta façon singulière et te mêler à tout ça.

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard - dans In extenso
commenter cet article

commentaires

amel 12/12/2008 16:52

A travers le gospel, le mot communion a encore du sens. L'émotion est parvenue jusqu'à nous. merci