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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 15:11

4 décembre, Roissy 2 Terminal E Porte 61 - Midi sombre Roissy pluvieux, sombre gris de terre sous les nuages bas, sombre sombre midi de pluie – pourtant cette lumière à travers la verrière – tant de désir accumulé.

 

5 décembre, New York – arrivé en fin d’après-midi (des vents de 120 kilomètres/heure ont retardé l'avion), plonger tête la première dans le grand slam de Manhattan vu depuis le 70 ème étage du Rockefeller Center, la nuit claire n’est plus que ces houles de scintillement doré depuis le New Jersey jusqu’au fin fond des galaxies, une bise à vous percer les os, ici, sur la terrasse du « Top of The Rock », hommage à ta verticalité vieux vertige New York – « elle était debout cette ville » comme disait ce vieux grigous de Céline dans son « Voyage au bout de la nuit » - plus tard hôtel W sur Times Square, féérie électrique à l’angle de Broadway et de la 47 ème rue, à te faire oublier tout ce que tu as vécu ici du temps où l’on appelait encore les lieux « Hell’s Kitchen », la cuisine de l'enfer – Liza Minnelli à l’affiche, Chuck Berry – la guitare sèche de George Harrison, celle du concert pour le Bengladesh, au Hard Rock Café - Broadway, la seule diagonale de toute l’île sur le tracé de l’antique piste indienne – celle que je suis encore, tout au fond de l’esprit - j’entends battre le pouls de la ville à travers les tambours de la vieille tribu des Manhahatta. Juste un lopin de terre pour faire pousser nos légumes, avaient demandé les premiers envahisseurs Hollandais aux indiens venus leur faire accueil. De bien étranges légumes sont sortis de cette terre-là…

 

6 décembre - Battery Park, embarquement pour Ellis Island – je regarde les malles entassées des immigrants d’autrefois – tous ces drames, pogroms, famines, toutes ces histoires, le terminus des espérances, la porte enchantée de la vie bonne qui commence  (« Avant de partir je croyais que New York était pavé d’or, mais quand je suis arrivé j’ai vu que les rues n’étaient pas pavé du tout et c’est à moi qu’ils ont demandé de faire le boulot », la vieille blague des nouveaux entrants) - comment faire du voyage nation – comment faire d’une nation accueil – Ellis Island, Ellis Island – et tout ce que Bush et son gang ont réussi à faire se défait devant ton nom, Ellis Island. Ce pays est au fond sans morgue ni avidité – trop d’espace, trop de rêves – l’Amérique c’est d’abord un songe d’Amérique - une hauteur où porte le désir – un haut lieu de l’esprit. D’un mot : « pourquoi pas ». Que sur ma tombe soit écrit : « Mort en chemin. Aucun regret ».


Ce belvédère d’où Ground Zero s’aperçoit. Un lieu de recueillement ? Non : un centre commercial avec forêt de palmiers illuminés pour les fêtes de noël et l’affairement consommateur. Un bruit assourdissant auquel personne ne semble prêter attention. Ce n’est que lorsque j’ai aperçu les pompiers que j’ai compris : il s’agit d’une sirène d’évacuation d’urgence que personne ne songe à écouter. Tout le monde reste là, à regarder les grues immobiles de Ground Zero, comme si depuis le 11 septembre toutes les sirènes d’urgence hurlaient dans le vide. 

 

Le dernier poète de Greenwich Village, qu’est-il devenu ? Où est-il allé le dernier poète de Bleecker Street, sur quelle scène étroite traîne-t-il sa vieille guitare pour avoir sa prochaine bière à l'oeil ? Washington Square est en travaux, une bise glaciale à vous scier en deux, les écureuils d’antan sont toujours là, leur fourrure plus épaisse qu’à l’ordinaire en prévision de ces grands froids, moins dix, je me les caille un peu, je cache mes mains rougies tout au fond de mes poches, à l’angle de Thompson Street et Bleecker je retrouve le Back Fence, mon bar préféré, toujours là mais bien seul, le café Dante aussi, le Wha – mais des banques ont commencé à envahir le quartier, je me dis qu’au fond c’est peut-être à moi qu’il revient de prendre la place, la place de dernier poète de Greenwich Village. Le Village véritable est sans doute ailleurs, en d’autres lieux plus périphériques, moins repérables.

 

A l’angle de Madison et de la 61ème le célèbre magasin de luxe Barney’s fête dans ses vitrines de noël les 50 ans du signe « Peace & Love » (le summer of love, c’était en 67, les jeunes gars du marketing n’y connaissent vraiment rien). New York, l’impression d’avoir vécu là, en 1989, les tout derniers jours d'avant la « tolérance zéro ». Aujourd’hui bien sûr ne pas s’y reconnaître, mais comme avec les femmes que l’on aime vraiment, dire je t’aime telle que tu es, Manhattan.

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Published by Gérard - dans In extenso
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commentaires

Gérard 19/12/2008 14:50

Le livre qui paraît bientôt, le libérer par le travail sur celui qui vient - et qui du coup m'importe beaucoup plus, par égard pour sa fragilité. Livre de routes, de New York hallucinés, dont une version avait été présentée à Gallimard par Jacques Réda dans les années 90... devenu un véritable manuscrit chinois, un archipel, un vrai bordel, mais où les âmes errantes devraient trouver pour elles un caravansérai à leur exacte mesure...

Nathalie Riera 13/12/2008 20:57

"Il y a 90 groupes ethniques différents., 32 000 entreprises et 1500 églises, synagogues et mosquées à Brooklyn" (Blue in the face, Paul Auster)

Nathalie Riera 13/12/2008 20:51

"Régale-toi, toi qui traverses le pont/En ce froid crépuscule/Sur ces lumineux rayons de miel, les buildings de Manhattan" (Charles Reznikoff)