Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 16:35

« Pourquoi des poètes en temps de crise ? » On se souvient, usée jusqu’à la corde, de la question pourtant fondatrice de Hölderlin. Et puis Adorno : « Ecrire un poème après Auschwitz est barbare ». Convergence des temps et des tourments.

 

Partir de là, pourtant : de cette impossibilité. De cette révocation. Pour la poésie, l’inefficience, l’inutilité même lui sont refuges. Plaident en sa faveur. Elle ne peut rien. Ne sert à rien. Lui posez-vous une question qu’elle s’empresse tout aussitôt de répondre à côté. Sa gratuité signe sa liberté. A la manière énigmatique, mais en apparence toujours décevante, des maîtres zen.

 

Sortir de l’encombrement. Partout sur la planète le divertissement a pris les proportions d’une hallucination collective. Le journalisme maintient quotidiennement notre « actuel » dans son inlassable ritournelle. La société de communication, tant vantée, n’est que la mesure d’une aphasie générale. D’une amnésie propice aux affairistes. Le bruit de fond qui domine nos vies laisse peu de place aux escapades de l’esprit. Il est avant tout discours sécurisé, balisé, sans aspérité - quand la poésie, elle, s’embarque vers l’insolvable.

 

De cet échec premier à dire le monde tel, la poésie se remet doucement en instaurant le flottement de la rencontre, la distance première de l’approche – cet écart qui fait lien. Composer au beau milieu des choses, avec elles, dans leur mélange. Ecritures spontanées, rapides, élans jetés comme par peur de se perdre. De trahir l’excès qui les vit naître. 

 

Poésie : « Ce déni instinctif de l’autorité du concept », dit Yves Bonnefoy. Dire par la parole ce qui n’a pas de nom. Faire que ce « sans nom » inspire nos traces, désigne des seuils, organise des pratiques. La poésie anticipe, participe à l’apparition du monde et à la conscience de ce qui s’y joue.

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard - dans In extenso
commenter cet article

commentaires

Kohme 09/09/2008 00:27

"La présence que la poésie nous permet de vivre est sur fond d'absence absolue."
Autre mot de Bonnefoy - et merci de l'avoir cité - qui posa mieux que quiconque l'ambivalence du concept en ceci qu'il est à la fois l'instrument dont ne peut se passer l'action humaine (en son projet d'organisation du monde et en son travail conjoint d'intellection de ce que l'action méditante effectue et découvre dans la réalité matérielle) et l'ultime péril de notre conscience, de notre vie la plus immédiate puisqu'il génère un réseau d'abstractions ie des approches partielles de ce qui est - les "glorieux mensonges" de Mallarmé. Ainsi, se vouer à une pensée purement conceptuelle (comme les discours philosophiques, entendus au sens de postulats, d'affirmations péremptoires qui contrastent avec la quête d'une vérité humble et formulable) nous coupe de nous-mêmes et des autres. C'est alors à la Présence ie ce qui constitue notre environnement le plus immédiat et conditionne notre existence la plus intime, de la conjurer. C'est si j'ose dire une transgression du concept par l'expérience, l'étonnement, la perception virginale du monde - celle-là même qui reste familière au poète.

Votre blog est de bonne facture. Je le découvre et vous remercie, très humblement, pour ce plaisir de la pensée.

loic-emmanuel 21/08/2008 19:03

La poésie est la parole secrète de l'âme, âme qui pleure ou âme qui construit, âme entité éternelle de l'être, fondatrice de la puissance de l'esprit sur le matérialisme du corps.
La poésie est une nécessité de la vie et plus cette dernière est chahutée, plus elle est utile au monde.
Enfin c'est mon point de vue !
Avec ma sympathie
Loic-Emmanuel

Yannovitch 14/08/2008 17:13

"Poètes, vos papiers !"

Philippe Landreau 14/08/2008 15:10

«Écrire un poème après Auschwitz est barbare »

Ce qui aurait été barbare sans doute, quoi d'autre que le silence ?
mais, je crois surtout que cette affirmation s'appuie sur une idée totalement fausse de la poésie, celle de la vacuité ou peut-être même de l'indigence et de la fatuité de celle-ci. Or, il n'en est rien...

salamone 13/08/2008 00:09

La poésie, que deviendrait l'homme sans elle. Certes elle sera sans cesse conspuée, ridiculisée, mal comprise, sans interêt pécunier, vu qu'elle se donne et apporte peu de calorie à l'estomac. Bonne formulation que la vôtre.

Un air de campagne

Ne croyez pas qu’ils pensent vraiment à nous
Ils mettent comme à leur plus beau jour
Un bijou sur le cœur l’habit des entrevues
Etalent leurs idées sur le mètre du beau-séjour

Etrange ballet sur les Voix le chic de nos impôts
On finirait par croire qu’ils nous couvrent d’amour
Ils ont aussi leurs problèmes ! nous sommes des sots
Ils nous parlent d’espoir et moi le clown j’accours

Un air de campagne un choix de Président
Pardon ou Présidente ! mais le choix est-ce si important
On voit revenir bizarre la ritournelle ! le passe-partout

Le peuple voit et boit encore le verre d’abricot
Les admirateurs champagne ! et chantent cocorico
Bachi-bouzouk avant de valser m’a dit taisez-vous !

le 5 mars 2007
giuseppe

bonjour