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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 18:05

Quelle joie hier soir chez Frédéric Taddeï de voir, une fois n’est pas coutume sur le petit écran, les artistes Hervé di Rosa, Robert Combas, Ben, Bernar Venet, Jacques Villeglé, Jean-Pierre Raynaud. Peu habitués à pareille lumière, ils étaient pressés de trop en dire, potaches rieurs comme Ben (« l’art n’existe pas, il n’y a que des ego ! »), brouillon comme Combas, méditatifs comme Venet ou Raynaud. Parfois limite règlements de comptes entre copains de quarante ans on y parla gros sous, beaucoup même, puisque la cote l’emporte désormais sur le reste – et qu’au plan international, le label France ne brille plus depuis longtemps. Mais qu’importe ; c’en était drôle, ce débat, jovial, détendu, libre, l'humain trop humain y salopait allègrement l'hypnotique mesure de la télévision et débordait le cadre habituel des émissons estampillées "culture", tout ça faisait un peu « brèves de comptoir », gentiment foutoir, comme une rencontre à l'improviste dont la surprise même nous est un réconfort. Liberté, plaisante liberté qu’on aimerait bien voir, quelquefois, en littérature. Quand il ne s’agit pas de prouver quelque chose, mais seulement d’affiner, lentement, au fil des ans qui superposent leur couche, une idée, une intuition. Trois fois rien. Pouvoir aller son chemin. Parfois ignare, parfois érudit. Comme ça vient. Sans obligation. Sans rien devoir à personne. Sans schlague et sans chiens pour vous dire où mettre, ou ne pas mettre les pieds. Cette raideur, cette hantise fondatrice qui traverse les Lettres Françaises, de part en part : hantise de ne pas comprendre, de ne pas « en être », de ne pas avoir de « talent », de ne pas écrire « comme il faut » : comme si, en la matière, existait un « comme il faut » ! Montaigne s’en foutait ! Stendhal n’en avait cure ! Ne pas être à la hauteur : toute cette vanité bien française, franchouillarde même, qu’on nous reproche d’un bout à l’autre de la planète, tient précisément à cette angoisse initiale. Elle est sans doute le produit de la terreur qu’a fait régner sur les jeunes cerveaux l’ordre obtus de l’éducation nationale et de l'institution universitaire, toujours plus promptes à enseigner la soumission et le conformisme que la création originale et la liberté de penser. On aimerait sentir ce grand air, cette envie folle de sortir du sillon que connaissent encore les plasticiens. Ils tissent avec leurs oeuvres un art vivant, perpétuellement nouveau. Oui, on aimerait retrouver, dans l'univers des livres, cette ambiance d’esprits libres sur la route.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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G�rard 03/01/2008 16:49

Note de bas de page : Ce texte remplace ce post initial (que je redonne ici aux amis pour les étrennes), né d’un divertissement sur le blog de Léo Scheer. Le fâcheux Stalker semblant y faire régner Son diktat esthétique par le biais d'un éthylisme verbal peu digne du blog littéraire où il se répand, je n’ai pu m’empêcher d’aller taquiner un peu sa vanité. Réponse : pression sur mon hébergeur, menaces en tout genre. Ce chancre mou qui parle à qui veut l’entendre de « la charogne Voltaire » a même annoncé ma mort ! Bonne année stalkie ! Revoici donc ce texte, expurgé du mot "Kapo" qu'en effet le contexte historique ne m'autorise pas; j'ai mis chien de garde à la place.
« Pour vos cadeaux de Noël, avez-vous réservé votre stalker ? Le stalker est le nouveau jeu vidéo littéraire du moment. Un jeu violent où ça dégomme, où ça défouraille sec. Un jeu cynique, bien heureusement sans conséquence aucune. Boum, splash, braoum. Un jeu où l’on tire à vue. Où l’on ne fait pas de quartier. Schlack. Fioum. Krank. Vivre dignement ou mourir comme un porc. Pour un peu on s’y croirait. Telle est la règle du stalker : martiale, impitoyable. Et non écrite. Car le stalker, bien qu’il le clame, ne sait pas écrire : il confond style et vitupération, profondeur et emphase. Un Père Ubu version taille basse qui se verrait bien en Malraux. Toutefois la lecture de ses impayables logorrhées distrait. Le bougre a même son fan club. Des personnes très âgées qui goûtent l’apparence de l’énergie et croient s’en trouver toute ragaillardies ; d’aimables pucelles roucoulant devant la mâle assurance survitaminée qu’on leur joue d’autant mieux qu’elles n’iront pas y regarder de trop près. Héroïque, donc, mais selon son petit cinéma perso rien qu’à lui. Devant son miroir, de fort gracieux moulinets avec de jolies épées de bois tiennent lieu de ce choc des Titans dans lequel il se rêve et s’admire par avance.
Notre sacristain a dû abuser du vin de messe pour se voir ainsi, névrose toute banale, en christ littéraire exhibant ses stigmates. Il faut dire que le stalker, sans une once d’humour ni distance excessive, s’aime beaucoup ; à titre préventif. Et le dit. Le déclame, le colporte ; en toute modestie, naturellement. Sous son apparente sophistication, le monde du stalker est assez simple. Il se divise en deux parties assez inégales : lui et les imbéciles. Consterné devant la profondeur insondable de la connerie humaine, il a, pour y échapper, renoncé à ce peu qui restait d’humanité en lui. Parade, avouons-le, plutôt bien trouvée. Il est un vers dans le programme. A Worm. Un vers laborieux, qui travaille beaucoup. Ses textes sur le net sont plus longs qu’une figure de journaliste parisien assistant à une lecture de poésie de plus de 10 minutes. Bien sûr la langue est empesée, ça sent l’ancien khâgneux, le doctorant poussif. Mais il l’épice, sa prose, de quelques éructations bien senties, quelques photos même, comme l’autre jour où son blog affichait l’image d’un jeune homme dégueulant dans le plus beau style skyblog pour potache – depuis il l’a retiré. Le stalker connaîtrait-il donc la honte ?
Pas de chance. Il se rêvait auteur, ce n’est qu’un commentateur. Mais n’allez pas croire. Il a parfois des idées personnelles, stalkie, à force de persévérance : sa désopilante « Loi morale naturelle » par exemple, et autre « ontologie du mal » qu’il a du sortir tout droit de quelque screamo rock gothique. Pour le reste, on trouve de tout : des critiques de films sf, des texticules curaillons, d’assez intenses pamoisons gaullistes, d’amères propos vachards sur tout ce qui dépasse son entendement immédiat, beaucoup mais alors beaucoup d’attaques ad nominem et d’insultes (ôtez-les de sa prose et il n'en reste rien) pour tout ceux à qui la chance n’a pas été donnée d’être lui. Insultes étrangement obsédées, faut-il le souligner, par le sexe de ses contemporains et ses divers usages. A quoi s’ajoute un certain nombre de propos qui, sous des effets assez lourds qu’il faut prendre le temps de digérer, laissent poindre les petites ulcérations catho-réac traditionnelles. Et de croiser comme par hasard Dominique de Roux, Drieu, Rebatet, la sainte clique, quoi. (Ceci dit le Feu Follet, quel livre !). Exception faite de ces grands moments d’égarement, on parviendrait même, dites donc, à tomber d’accord avec lui, stalkie. Tant est grand le nombre des portes ouvertes qu’il enfonce, toujours dans un élan de bravoure inouïe, sous l’emprise de ses De Profondis et de ses déclamations hors d’âge. Livrés tels, tant de poncifs accumulés tiendraient-ils ? Ses invectives sont les enluminures boursoufflées de son œuvre courageuse, solitaire et obstinée. Enfin, solitaire et obstinée, surtout.
Le stalker est un bouton sur la trogne qui se prend pour la fièvre, histoire de se donner un peu d’importance. Un symptôme caractériel, pardon, caractéristique, de ces temps de basses eaux culturelles où l’on s’honore de fêter les tartuffes. Pourtant au moment d’en finir avec lui un doute m’effleure. Savoir laisser sa chance au possible, à l’autrement. Et s’il savait, au fond, le stalkie, ce qu’écrire veut dire vraiment ? Si c’était lui, le Grand Rééducateur qui allait ouvrir nos yeux d’abrutis assumés et secouer le cloaque de nos consciences endormies à grands coups de schlague, à grands coups de triques ? Et si le talent à venir, c’était ça, Le Stalker, ce sinistre chien de garde sado-maso époque « maillon faible », ô combien adapté aux règnes des sarkoziens zinzins et des idéologies dominantes ? Et si c’était lui, l’horizon efficace de la culture ? On la voit d’ici, la littérature à venir : bien en rang, rutilante comme casques lourds entre les barbelés. Fière. Raide. Chiante. De droite, quoi.
Mais ne croyez pas. Notre chantre de la surpuissance a aussi ses moments de détresse. Car derrière la teigne pseudo nietzschéenne se cache en fait un pauvre petit homme tout tremblotant d’effroi – sinon, franchement, pourquoi tant de haine gratuite ? Toutes ces poses ne sont peut-être rien d’autre que l’expression d’un épais malheur. D’une hantise fondatrice : hantise de ne pas comprendre, de ne pas « en être », de ne pas avoir de « talent », de ne pas écrire « comme il faut » : comme si, en la matière, existait un « comme il faut » ! Ne pas être à la hauteur : toute cette vanité bien française, franchouillarde même, qu’on nous reproche d’un bout à l’autre de la planète, tient précisément à cette angoisse initiale. Elle est sans doute le produit de la terreur qu’a fait régner sur les jeunes cerveaux l’ordre obtus de l’éducation nationale et de l'institution universitaire, toujours plus promptes à enseigner la soumission que la création et la liberté de penser. La baguette de l’ordre légitime, maintenant que personne n’y croit plus, certains s’en emparent indûment et paradent, se prenant un instant pour les nouveaux maîtres de l’estrade. Les plus lucides savent que ce n’est là qu’un jeu et finissent par en rire ; quant aux autres, tout enivrés d’eux-mêmes, ils finissent en stalkers ».
Le stalker est un phénomène de foire (littéraire) sociologiquement et psychanalytiquement intéressant dont on peut suivre les plaisantes éructations sur : http://stalker.hautetfort.com/
Florilège du Stalker :
« Dès la première page des Châteaux de glace (de Rémi Soulié) le ton est donné : «Rêvons un peu à une France vomissant ses tièdes et ses mous ! Plus de sociaux-démocrates ni de démocrates-chrétiens, plus de libéraux sociaux ni de sociaux libéraux ! La politique enfin restaurée en mystique par quelques royalistes, des gaullistes métaphysiques …»
« La Droite selon Dominique de Roux, Droite avec un grand «D », est partout où domine le tragique, donc le sens du sacré, dans la marche de l’Histoire. Héroïsme et folie sont valeurs de droite, qui définissent en littérature le Grand Art. »
« La Presse est une hyène et, adoptant avec un mimétisme assez remarquable les coutumes de cette espèce charognarde, impudique et veule, sait parfaitement qu'il serait mortel, pour elle, d'attaquer un tigre autrement que mourant, crevant de ne plus pouvoir bondir dans l'immensité, de zébrer l'espace de sa signature divine. La Presse a grossi dans le cadavre deux fois crevé de la France et de l'Église. La Presse, pour naître et grandir indéfiniment, a dû se nourrir de la carne putrescente de ces deux charognes »
« La saignée prochaine, qui ne peut que nous être prescrite par le savant docteur qu'a toujours été l'Islam, cette saignée indispensable nous videra, nous tuera et, peut-être, nous régénèrera si nous ne sommes pas dès à présent invinciblement pourris ».
« Philippe Sollers, à force d'écrire des livres de plus en plus mauvais, de plus en plus vides et de plus en plus obsédés par le seul diamètre de son nombril, fort large c'est un fait, sait à peu près écrire ».
etc. etc.

Yann 25/12/2007 20:40

J'aimerais dire quelque chose : ils existent et ils s'acharnent, les esprits libres dans la littérature contemporaine...

leo nemo 21/12/2007 08:12

des images sur http://ce-soir-ou-jamais.fr3.fr ?