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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 15:22

Difficile, quand on aime la littérature, d'entrer franchement dans la blogosphère. Pas un ne vous le dira : qu'est-ce qu'on s'y emmerde, à se prendre des insultes et des coups bas, à voir son propos sans cesse recouvert de malentendus et rabaissé. Bien loin de mots d'esprit, ce ne sont que postures ingrates confites dans leur auto-satisfaction, leur frustration, leur résignation, que sais-je. Borborygmes littéraires, plus que blogs. Chez  Assouline, vous parlez de la couleur du ciel chez Baudelaire on vous répond Shoah. Ce qui est un vrai sujet en soi (ce fut celui de mon premier livre), mais qu'un communautarisme rance ultra-politisé utilise à des fins personnelles, quand ce n'est pas d'une façon étrangement névrotique. Donc exit Assouline et son chouette blog où je fus bien sûr traité de tous les noms jusqu'à ce qu'un de ses gardes rouges, moins bourré que les autres, ne reconnaisse ici quelques textes convenablement littéraires et ne remâche ses injures. J'allais donc chez François Bon. Celui-ci, il me paraît sérieux, d'une sensibilité sans doute proche de la mienne. Un auteur que je respecte éminemment, sans partager pour autant les partis pris esthétiques. Mais là, froideur : je ne fis pas de louanges trop indulgentes sur son Bob Dylan (pas de chance, Bob Dylan est le pseudo que j'utilise pour faire de la scène lorsque je reprends mon accent yankee, alors pensez-donc !) et le premier livre de la collection Déplacement, sur lequel je me suis précipité, m'a semblé un intégral foutage de gueule. Mais surtout, j'ai osé critiqué avec précision un texte précis de Mme Angot et là, ô stupeur, pour réponse attaques perso et tir de barrage dans les commentaires. Mieux aurait-il donc valu qu'on écluse quelques gorgeons en silence. Vint Léo. Léo Scheer. Pour moi, un éditeur impeccable. Mais sur son blog c'est pareil : il faudrait toujours tout prendre au sérieux, le respect, la petite niaiserie commerciale qui joue l'arbitre des élégances dès que vous balancez la moindre critique, fouettard, foireux, bref de l'ordre, la force du réseau, tout ça ronronne dans l'auto complaisance. Et ce procès d'intention, inepte, fait à François Bon, comme un qui ne supporterait pas la concurrence en matière de web littéraire ! Alors dire ici ce qui a été effacé ailleurs (c'est curieux ce qu'on efface quand on fait le métier de produire des textes) : le contraire d'un écrivain n'est pas un autre écrivain, c'est ce qui voudrait empêcher toute culture. A l'heure du tout-multimédia, pourquoi pas plus de solidarité, d'écoute, de modestie ? Plus personne ne lit les éditeurs, grands ou petits. Un livre vit en moyenne (y compris donc les best-sellers) 56 jours : après quoi il disparaît à tout jamais. 25% à peine de la production de livres attérissent sur la table des libraires. La question n'est pas, contrairement à l'agitation actuelle, de publier autrement, mais de diffuser efficacement. Non pas découvrir un texte et fabriquer un livre, mais le mettre entre les mains de ses vrais lecteurs. Alors quoi ? On continue à faire les malins, ou on fait vraiment oeuvre utile, collectif et non réseau, découvreurs plutôt que gardien du temple de ses (toutes) petites croyances bidons et manigances diverses ? On échange, ou on ostracise ? On se mélange, ou on s'étiole ? Qui sont ces cuistres, ces petits lansquenets de la culture en dentelle qui sont tout près à s'étriper avec une violence inouïe, alors même que tout le monde s'en fout ? De quel autisme est donc frappé ce petit monde ? Oui ; urgence absolue de retrouver au fond de nous cet enthousiasme tellurique qui nous fit embrasser le monde des livres, quitte sinon à périr de cet ennui que nous aurons disséminé tout autour de  nous. Peut-être faudrait-il un peu plus de silence. Se réapproprier le silence pour y forger, tranquilles, d'autres mots, d'autres attitudes ; cette posture qui met fin aux postures : l'écoute bienveillante. Si l'amour de la littérature ne conduit pas à ça, eh bien quittez la littérature !  

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Published by Gérard Larnac - dans In extenso
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commentaires

Marc Galan, non-écrivain officiel 19/12/2007 19:06

J'ai souvent constaté dans les commentaires des blogs une énorme différence entre les réactions françaises et américaines. Les Français commentent beaucoup moins que les Américains, et en général plutôt sur le mode négatif. Les Américains, même s'ils n'aiment pas, essaient de rester positif. Et il n'y a pas chez eux cette jalousie qui s'élève dès qu'il y a un semblant de succès. J'ai un ami qui a 2 blogs, un francophone et un anglophone. Quand il a annoncé qu'il venait de dépasser les 100.000 visiteurs sur le francophone, une bordée d'injure. Sur le blog anglophone, des félicitations et des encouragements. Au pire : "Je suis jaloux. Comment faites-vous ?"
Cette mentalité risque de nous couler. Je me réjouis du succès des blogueurs, qui devrait à terme nous profiter à tous. Mais trop de commentateurs dénigrent. Et leurs arguments sont utilisés par ceux qui refusent le nom d'écrivain aux auteurs du Net en disant :"mais ce n'est pas nous, ce sont d'autres blogueurs qui le disent."

salamone giuseppe 19/12/2007 16:15

Autres lieux, autres temps, autres exemples. Et sans cesse et toujours cette même question... ce qui germe dans l'esprit de l'homme, est-il bien ou mal ? Est-il fécond ou stérile? Il y a et il y aura perpétuellement des lumières et des ténèbres qui nous charrierons au bon gré de nos turpitudes. Souvenez-vous ! il n'y a pas si longtemps encore. Dans la haute sphère de la réflexion, des érudits, des businessmen se sont dits. Les gens ne se parlent plus, ne communiquent plus entre eux.
Et ce jour là est né l'êre de la communication, mais hélas depuis les gens ne savent plus vraiment, comment se parler, comment se comprendre, comment échanger leur angoisse. Nous sommes aujourd'hui entrés dans l'ère de la technologie et du changement, le glas de la tolérance. Mais qui sait, le meilleur est pour demain, j'en suis convaincu.

Bonne fin de journée.

Gérard 19/12/2007 13:53

la "graphomanie", maladie peu curable, a particulièrement bien été étudiée par Kundera. En gros il prédisait dès la fin des années 80 (dans L'Art du Roman, je crois) que lorsque tous les prétendants seraient devenus écrivains, s'en serait fini de l'écoute de l'autre - on ne serait plus que dans une surdité généralisée. Je crois en fait qu'il avait prédit les blogs littéraires !

claude doglio 19/12/2007 06:52

j'ai entendu un jour Calaferte parler de la lecture et l'écriture comme d'une maladie ...oui il faut s'en guérir mais pas forcément en vendant des armes... ni en faisant des films...

salamone giuseppe 15/12/2007 14:08

Très bien Chevillard, porte ouverte et aucun commentaire ne s'impose.