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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 22:45
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Le problème avec les statues, c’est qu’on a souvent tendance à tourner autour. Que diable allait-on donc trouver dans cette énième biographie de Maître Bob qui vient de sortir sous la signature de François Bon (Bob Dylan, une biographie – Albin Michel) ? François Bon en Lévi-Strauss du peuple levi strauss, comme dans son exceptionnel « Rolling Stones » ? Ou en Madame Michue dans l’escalier, rafistolant sa mise-en-plis, toute excitée à l’idée de croiser un de ces jeunes hirsutes avec leur drôle de guitare et dont on parle tant à la télé ?

 

Ecouter Dylan, parler de Dylan, jouer du Dylan, régler sa dette supposée envers Dylan, aduler Dylan, détester Dylan, s’en foutre de Dylan.

 

Il y a les Dylan’s freaks et il y a nous, ceux qui se sont rués comme par effraction dans une pièce inconnue d’eux-mêmes et dans laquelle, sans Dylan, ils ne seraient probablement jamais entrés. Là, qu’avons-nous donc découvert de si précieux ? Qu’avons-nous vu ? Comment et pourquoi cette soudaine mue ?

 

Avec humilité, François Bon cite Rimbaud, qui pourrait parler en lieu et place de Dylan : « J’ai seul la clef de cette parade sauvage ». On sait que, malgré tous les efforts, la distance est irréductible. C’est pourquoi toute bio de Dylan finit toujours par devenir celle du biographe, seul avec lui-même. Pour autant François Bon n’en saisit pas moins le principal : ce double mouvement de construction (de soi en figure de légende) et de déconstruction (de la musique traditionnelle américaine, pour en extirper une stupéfiante nouveauté). C’est ça, ce qui fait que malgré leur immense talent ni un Neil Young ni un Bruce Springsteen ne sont jamais parvenus à jouer dans la même catégorie que Bob.

 

C’est Dylan lui-même qui explique ce qu’il entend par une bonne chanson : : « Elle tirait son tranchant de ses couplets irréguliers. Le phrasé du chant ne suit pas la ligne mélodique. Celle du refrain, en revanche, collait aux paroles. J’ai commencé à jouer avec ces formes, pour essayer de piger, pour que la chanson transcende à la fois l’information, le personnage et l’intrigue ».


« Il y a des gens qui méditent en regardant une fissure au plafond, moi c’est à partir d’une chanson », dit encore Bob Dylan.

François Bon saisit au plus près, à travers l’expérience d’une écoute qu’on devine chez lui assidue, ce qui chez Dylan « fait » littérature. Cette « qualité concrète d’images suspendues une seconde et remplacées par une autre ». « Dylan, autant que la chanson, met en avant le personnage qui chante, et qu’il construit comme une fiction ». «  Le texte de poésie ne fonctionne qu’à condition d’insérer l’auteur dans le même geste qui se saisit de l’objet poétique ».

Par le chaos et les tensions qu’il installe dans notre propre attente, tout se passe chez Dylan,  « comme si tout le travail du sens nous était remis en mains propres ». En cela nous voici embarqués dans le processus créatif en train d’avoir lieu. Non plus spectateurs passifs, mais conscience pleinement actante.

Bien sûr par moment on aimerait que François Bon entre un peu plus dans le champ. Il s'en garde bien (il a sur les épaules le poids du docu chef d'oeuvresque de Scorsese et de Chroniques qui, non François, n'est pas une autobiographie, juste de la littérature au sommet). Même si parfois il nous fait rire, deux fois au moins, par ses « Bob fait ça ? Ben moi pareil ». Mais c’est d’un rire complice, un rire ami. Nous l’avons tous fait. Traduit chez moi ça donnait : «Etre Bob ou rien ». La vie, la carne, a foutrement bien tranché !

L’art est décidément un objet migratoire. L’artiste n’est pas là pour lever le doute mais pour l’instiller plus profondément encore. Et pour nous embarquer, comme pour une virée sur le Highway 61. Alors envie, encore une fois, de répéter l'absolue sidération. Recommencer, une fois encore, le voyage. 

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Published by Gérard Larnac - dans Bob Dylan's Outtakes
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commentaires

Gérard 11/09/2007 17:44

Note de bas de page : On se dit surtout, après cette roborative lecture, qu'il manque une excellente traduction des textes dylaniens, en poésie-Gallimard par exemple.