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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 22:46

Style Che Guevara des Bains Douches, il est jeune, ambitieux, à fond dans son truc. C’est un de ces nouveaux éditeurs qui comptent bien peser, par une alliance d’audace aisément admissible et de pragmatisme radical, sur le petit monde des livres. Le regard cependant est fuyant - ruse, crétinisme, allez savoir. Déterminé en tout cas : « Signer un contrat d’édition avec un auteur n’oblige en rien l’éditeur à publier son livre », m’explique-t-il avec un brin de condescendance. Puis me fait comprendre qu’il a l’intention de casser notre accord, bien que ce dernier soit paraphé depuis plusieurs semaines - et après les minutieuses et patientes corrections du manuscrit. Il semble réfléchir sur la façon la plus élégante d’accompagner sa trahison pour s’en tirer sans écorner l’image flatteuse qu’il a de lui-même. Dit : « Au fond je te rends ta liberté. Certains éditeurs font signer des auteurs juste pour les avoir à disposition, au cas où, mais sans volonté réelle de les publier. Il faut savoir que cela se pratique. Moi au moins je suis honnête ». Cherche encore, pas bien convaincu par ses propres arguments, puis soupire : « Au fond tu es un postmoderne. Ce n’est pas ma conception. Je n’aime pas les postmodernes ». C’est drôle, je n’avais jamais pensé à ça. On m’a traité dans ma vie de bien de noms d’oiseaux, mais « postmoderne », ça, c’est une première ! Il est vrai que le mot « postmoderne » appartient à mon vocabulaire, que je l’utilise volontiers, mais plus pour désigner un état de contemporanéité, (je dis désormais « hypermoderne », à la suite des sociologues, malgré la laideur du mot) que pour définir une philosophie. Réfléchissons : suis-je ou ne suis-je pas un postmoderne ? Je bénis ce jeune éditeur balbutiant pour ce petit instant de vérité. Voyons voir. Faisons comme si c’était là une raison valable de trahir la parole donnée. Examinons la question. J’aime le fragment aléatoire, le hasard, l’hybridation, la pensée en éclat. Je ne crois plus à l’autorité des systèmes clos mais au contraire à la sortie hors des systèmes. Je crois à la diversité des chemins, à la croisée des chemins. Je crois à la rencontre, aux premiers instants d’une langue qui n’existe précisément que dans l’hésitation première de la rencontre. J’aspire au mélange dans le respect des singularités, quitte à y perdre un peu de soi. A la puissance fécondante d’une certaine dose de syncrétisme. Je pratique un zen dionysiaque et baroque. Je relis Nietzsche chaque fois que l’occasion m’en est donnée. Et conserve de mon maître René Char l’art de fracasser les chaises sur le crâne des obtus.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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commentaires

orlando de rudder 03/09/2007 19:26

LE problème, c'est que les éditeurs qui me plaisent, z'ont pas de sous! Comme l'épatant champendal (voir son blog)