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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 10:31

Juste une pierre qui roule

 

 ('coute ça)

Il était une fois ce temps où tu étais si belle

Tu filais un peu de fric au clodo, ça fait un sacré bail

Pas vrai ?

Les autres te disaient fais gaffe poupée tu vas finir par te planter,

Tu croyais que c’était juste pour se moquer de toi

Toi tu te foutais tellement de tous ceux qui zonaient par dehors

Maintenant tu as cessé de la ramener

Maintenant c'est sûr tu frimes moins

A force d’avoir sans cesse à mendier

Ton prochain repas

 

Qu’est-ce que ça fait

Qu’est-ce que ça fait dis-moi

D’être  à la rue

Pire qu’une paumée

Une pierre qui roule

 

Ah c’est vrai

T’as eu droit aux meilleures écoles, c’est un fait Miss Lonely

Mais qu’est-ce que tu y as fait d’autre

A part te défoncer

Personne ne t’y a jamais appris à te débrouiller dans la rue

Maintenant il va vraiment falloir que tu t’y fasses

Tu prétends que jamais

Tu ne négocies

Avec le clochard mystère mais là tu

Réalise

Qu’il n’est pas en train de te vendre

Un simple alibi

Tu fixes le vide

De ses yeux

Tu dis

Est-ce qu’on peut faire un deal ?

 

Qu’est-ce que ça fait

Qu’est-ce que ça fait dis-moi

D’être  larguée à ce point

Sans espoir de retour

Une parfaite inconnue

Une pierre qui roule

 

Ah non jamais

Tu ne t’es retournée pour voir les trognes

Des jongleurs et des clowns qui faisaient tous leurs tours

Uniquement pour toi

Jamais compris qu’il ne faut pas laisser les autres

Trouver le kick pour toi

Tu montais un cheval de chrome avec ton

Diplomate

Celui qui portait un chat siamois

Sur son épaule

C’est salement dur

De découvrir qu’il n’était pas vraiment

Celui qu’il prétendait

Une fois qu’il t’a volé

Tout ce qui pouvait l’être

 

Qu’est-ce que ça fait

Qu’est-ce que ça fait dis-moi

D’être  larguée à ce point

Sans espoir de retour

Une parfaite inconnue

Une pierre qui roule

 

Ahhhhhhhh –

Princesse en son donjon et toute sa petite cour

En train de picoler en pensant combien

Ils ont réussi

Echangeant leurs présents fastueux

Tu ferais mieux

De prendre la bague en diamant 

Pour aller la foutre au clou, p'tite

Tu rigolais tellement

De ce Napoléon en haillons

Et de la langue grotesque dans laquelle il s’exprimait

Va le retrouver, le voilà qui t’appelle, ça se refuse pas allez

Quand t’as plus rien

T’as plus rien à perdre

T’es devenue invisible, plus de secrets

A dissimuler

 

Qu’est-ce que ça fait

Qu’est-ce que ça fait dis-moi

D’être  larguée à ce point

Sans espoir de retour

Une parfaite inconnue

Juste une pierre qui roule

 

(Like a Rolling Stone, Bob Dylan, 1965 - Nouvelle traduction G.L).

"Cette musique ne trouve jamais foyer chez quiconque s'en réclame et cherche toujours un nouveau corps à habiter, une nouvelle chanson, une nouvelle voix". (Greil Marcus, Like a Rolling Stone - Bob Dylan à la croisée des Chemins, Points-Seuil).

Like a Rolling Stone : et le barde devint le rimbaud électrique. Chiasme, traversée du miroir. Comment ne pas savoir, après ça, comment bougent les choses... 

Cette descente en piqué que représente Like a Rolling Stone, ce raid, ce Pearl Harbour musical qui prit tout le monde de court au printemps 65, Dylan le premier – mais qui ne renie rien, ni le Mayflower ni les indiens massacrés ni les hobo anarcho-syndicalistes de la grande dépression ni les pendaisons joyeuses justifiées par des couleurs de peau – qui ne renie rien et prend le tout, pousse le tout, charrie le tout,  ce Pearl Harbour où se reconstruit pourtant une amérique possible, et où cette amérique possible sut si bien se reconnaître, sur le mode d’un « et cependant », d’un « peut-être », belle qui danse encore si haut alors qu’elle tombe déjà - « how does it feel » et seule l’orgue répond sur cinq notes affolées, pas les mots mais les modulations de la voix, ce jeté à la face, ce pas de réponse, c’est pas contre elle, la belle, c’est contre ce destin qui si soudainement s’inverse - « with no direction home » - et te fait basculer cul par-dessus tête dans le grand anonyme.

A visiter absolument : "Traduire Dylan", le très beau texte de François Bon sur http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article578

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Published by Gérard Larnac - dans Bob Dylan's Outtakes
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