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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 23:16

Courir le neuf. La langue neuve. Comme une calandre. L’odeur du neuf. Voiture neuve. Costume neuf. Il faudrait ça, comme dans la publicité, les dépliants, du neuf absolument. Que ce soit en littérature, en produits manufacturés, en rencontres amoureuses. Du neuf ! Seul le neuf fait événement. Seul le neuf porte nos désirs. Du neuf pour exister ! Si c’est nouveau c’est déjà vieux, pourtant. Avant-garde par mégarde, sinon rien. Chercher dehors. Une écriture diagonale. Ce biais. Ce ressaisissement toujours possible. Dire ce monde, sa distraction. Ou lui permettre de se dédire. C’est selon. Il ressemble à ces silhouettes dessinées à la craie sur les scènes de crime. La position exacte dans laquelle elles sont tombées, abattues. Leurs blessures. Leurs coulures. Leur absence. Définitive. Elles scintillent dans les mémoires comme l’écran de neige à la fin des programmes lorsqu’il existait encore pour le repos de tous une fin aux programmes. La réalité. Quelle réalité. Cette violence qu’elle inaugure. Doux vague et mortellement étrange comme la planche à la piscine et les oreilles pleines d’eau. Ce monde, donc. C’est là le commun de tout ceux qui n’ont rien en commun. Quels méandres. Quelles mémoires ? Si le mot « liberté » ne t’a pas libéré oublie-le une bonne fois. Inscris-le sur un bout de papier. Va l’enterrer tout au fond du jardin. Au fond du fond. Et plus loin encore. Garde-toi d’avoir jamais la tentation de l’exhumer. Depuis la rue les intérieurs aux reflets bleus subaquatiques des télés qui tournent à plein régime. Trouver dans ce bain bleu ce qui manque à ta langue ? Non. Trouver la terre sous ta langue. Ce goût de sel dans les effluves du fleuve. Tout un livre de phrases inutiles mais qui fabriquerait sans le savoir autre chose d’utile, on ne sait pas quoi, ça n’a pas de nom encore. Une lacération méthodique. Sous l’affiche d’aujourd’hui l’affiche d’hier puis celle d’avant-hier. Jusqu’au plus noir, le plus crasseux, le plus indiscernable, à gratter avec l’ongle. De retour chez lui l’écrivain a été sauvagement agressé par ses personnages, revanche de la fiction sur la réalité (Affaire Jourde, 28/06/2007). Mais qu’est-ce que le lieu de la naissance sinon immédiatement ce qui t’expulse, te laissant à ton nom imposé, à ta langue imposée, texte garanti d’origine placardé dans ton dos tel un homme sandwich d’autrefois, rêves insomnies et mémoires pris au trébuchet aveugle du natal, texte à découper suivant les pointillés, réponse avant le tant, mais toi tu ne marches pas, sortir de tes géographies minuscules, de tes grotesques héritages, grommellements de patois aux senteurs de garrigues, tu te retournes vers le silence, ce dernier est assis sur le banc le béret enfoncé sur les yeux deux mains sur le pommeau de sa canne, il te regarde par en dessous avec l’ardeur sournoise des brise-glace, tu rêves de nuits dans la forêt, de cabanes sur le lac, de vieux pontons en bois où traîne encore la corde des barques disparues, la femme s’approche, la voilà elle s’allonge sur toi, sauvage, elle te lèche les paupières à grandes eaux, pour te faire taire, pour regarder dans tes yeux quand ils s’ouvrent.

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Published by Gérard Larnac - dans In extenso
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