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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 20:17

Ces temps-ci le roman est en réanimation intensive. Et on ne chôme pas : francophonie or not francophonie du côté des Etonnants Voyageurs ; écriture du réel du côté du Monde qui organise les Premières Assises Internationale du roman (du 30 mai au 3 juin. Voir http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-914226@51-914304,0.html). Les rencontres vont bon train, les manifestes succèdent aux manifestes. Signe de vitalité ou derniers feux ? En tous cas volonté un peu trop marquée de baliser un champ, de marquer son territoire, d’imposer ses hiérarchies, ses troupes et ses principes. Mais on n’enclot pas le bruit des vagues. Déjà une brèche. Le roman, c’est comme le Titanic ; après la collision avec l’iceberg tout le monde s’éponge le front en disant « putain on a eu chaud ». Pourtant le navire, l’air de rien, a déjà commencé à sombrer.

« Roman non merci ». C’est par ces mots que François Bon conclut le texte concernant l’envoi de manuscrits pour la nouvelle collection qu’il lance au Seuil. «Il y a, dans les revues qui s’ouvrent à l’expérimentation et aux nouvelles voix, dans ce qui circule de création littéraire sur Internet, des indices qui ne trompent pas : des textes hors roman, des récits brefs, qui questionnent le réel et l’image, appellent souvent la voix, la performance. C’est pour cette inscription hors genre que nous avons pris à Henri Michaux l’intitulé de cette collection : déplacements. »

Voici une position autrement intéressante. « Une inscription hors genre ». Car voyage ou pas, réel ou pas, le roman, en tant qu’il est écrit par quelqu’un, voire par une machine, dit nécessairement quelque chose sur le monde. La question n’est donc pas là. Plutôt donner voix, donner forme à la singularité du temps qui vient. Ce monde inédit où l’intériorité d’autrefois se trouve si brutalement réduite à pas grand chose. Culture pour tous, conscience pour qui ? Bouts de vérités, pléthoriques, mais utiles à quoi ? Esprits hypermodernes sollicités par les dehors. Sans cesse. Multiplement. Nos amours deviennent des croisements. Nos vies de brèves rencontres avec les différents avatars qui grossièrement nous représentent sans y croire. Collectifs temporaires, éphémères. On se connecte aussi vite qu’on se déconnecte. Input output. Plus de mode d'emploi. Pensées fragments gigognes. Alors comment ça marche, tout ça ? Comment on s'arrange pour faire sens "quand même" ?

L’extériorité, le divers, le tout autre. Cadres brisés. Avec eux nos chaînes. Nos œillères. Profiter du spectacle. Des œuvres courant d’air. Jetées par le soupirail. Il y a dans ce moment éruptif, effractif, quelque chose de l’ordre d’une recomposition. Mais une recomposition non pas d’un ordre différent, mais d’un ordre ouvert, instable. Sans cesse à venir. Un ordre sans ordre.

« Lire ces formes neuves demande une attention autre, dans un paysage encombré par une idée trop préformatée des genres (…) Jamais ce qui touche au livre n’a été rejoint par un bouleversement si rapide. Ces écritures neuves interrogent ces ruptures, du livre et du monde. C’est parce que nous participons nous-mêmes de ce bouleversement, qu’il y a urgence à entendre ces voix neuves, se mettre à l’écoute de comment ceux qui entrent aujourd’hui en écriture se saisissent du récit et du monde ».

Errer aux aires imprécises. Sous les ponts. Dans les recoins. Là où s’éveille le vrai. Retrouver, mais par le ténu, mais par le presque rien, cette radicalité du vivant.

 

Sur la collection déplacements : http://www.tierslivre.net/depl/

Voir également notre lien avec le site de François Bon (Section Lignes d’erre)

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Published by Gérard Larnac - dans Traduire le vent
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