Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 11:08

La voiture roule comme elle peut dans la nuit parmi les vignobles du bordelais. Nous rentrons sur la ville, après un dîner bien arrosé dans un Château classé, avec les invités vedettes de ce premier Salon du Livre de Bordeaux. A ma table, j’ai eu droit aux plus jolies filles de l’assistance : les hôtesses du salon ont préféré ma compagnie, par timidité, « parce que vous au moins vous n’êtes pas connu ».

 

Dans la voiture du retour je suis seul avec Alain Nadaud, auteur de livres superbes : « Archéologie du zéro », merde, quel titre ! ... Et puis un franc tireur, à sa manière. Alain vient tout juste de diriger un numéro de l’Infini : « Où en est la littérature ? ». Je profite de ce retour vers Bordeaux pour le questionner un peu. Ce qui suit est la transcription de quelques unes de ses réponses à l’interview (inédit) que je lui proposai :

 

« La littérature se retrouve aujourd’hui dans une situation à la fois si incertaine et précaire qu’il n’y a pour l’écrivain d’autre solution qu’une mobilisation forcenée de toutes les ressources et capacités dont il dispose, dans le domaine spécifique qui est le sien ».

 

« C’est en partie à cause de la perte irréparable du rapport de l’écrivain à l’écrit que les médias ont pu à ce point faire irruption dans le champ de la littérature, au risque de tout dévaster. Si l’écrivain, selon la norme sociale actuelle, n’est plus que cet animal curieux, censé divertir et amuser, qu’on véhicule d’une Foire du Livre à un faux débat à la télévision, auquel on demande son avis sur tout et n’importe quoi, c’est qu’il a perdu quelque chose de la compétence qui lui était propre, ce fameux et intraitable rapport à l’écriture. Il a cédé du terrain et ne s’est plus solidement tenu à cet irréductible en lui. Cela perdu, son activité est apparue anodine, sans conséquence, accessible à tous. D’où l’envahissement du champ de la littérature par des cohortes de vedettes de la chanson, de sportifs et de journalistes qui, en effet, ont tous « leur mot à dire », qui se sont parfaitement sentis à l’aise dans ce nouveau statut social, et qui ne l’ont depuis plus quitté ».

 

« Il n’y a pas d’autre valeur pour un écrivain que la qualité de cette « pulsion d’écriture » qui le traverse et qu’il doit rendre avec le moins de déperdition d’énergie possible ».

 

« Il se peut également que ce qu’il écrive dérange « les valeurs » de sa société, sans qu’une telle question soit à proprement parler de son ressort. La société par rapport à lui prend ses responsabilités ou ne les prend pas, l’accepte comme tel ou l’exclut, considère ou non que ce gain soudain de langage, et donc de conscience, vaut tous les défis et toutes les outrances qui par ailleurs peuvent lui être lancés ».

 

Littérature nocturne. Avant-garde clandestine. Mon salut amical à ce passager d’autrefois.

 

http://www.alain-nadaud.fr

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard Larnac - dans Carnet d'esquisses
commenter cet article

commentaires

Marc Galan, non-écrivain officiel 21/05/2007 01:10

Bravo pour l'intervention sur le blog d'Assouline, où je suis tricard pour avoir défendu les auteurs indépendants. Voilà ce que je vous écrivais :

Savoir ce qui est important : D'où tu parles, ou ce que tu dis. Même si ce que tu dis est la chose la plus brillante et la plus pertinente du monde, elle ne compte pour rien aux yeux des "officiels" si tu n'es pas dans une position d'autorité au deuxième sens du terme.

Bravo pour votre blog. Un ton juste, jamais pontifiant. on sent l'amour des auteurs, pas la combine éditoriale.