Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /Mai /2007 10:59

Station Massy-Pal, une vieille connaissance qui m'aborde. Souvenirs lointains estampillés 80's : l'Utopia (Jean-Jacques Milteau et Verbecke à l'affiche), par moins quinze rue de l'Ouest, l'éternelle histoire de la barrette de shit, le panier à salade de trois heures du matin et chanter L'Internationale sous les coups. 

- Salut, qu'est-ce que tu deviens ?

- Je suis dans le journalisme.

-Merde! Moi qui croyais que tu voulais écrire !

 

 

Par Gérard Larnac - Publié dans : Chemin faisant
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Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /Mai /2007 10:36

Le roman industriel. La domination sans partage du style pompier dans la narration actuelle. Couper cours. Mes dernières lectures en signes de piste : La vie secrète de e.robert padleton, de Michael Collins chez Bourgois (pour la description des paysages froids de neige sale et de ciel bas, pour cette fiction au service d'une vraie quête stylistique); Wittgenstein et les limites du langage,  de Pierre Hadot (chez Vrin, facile à lire et indispensable) ; Le Silence des Livres, de George Steiner (une pépite) ; Waiting Period, de Hubert Selby Jr. (10/18); Une carte n'est pas le territoire, d'Alfred Korzybski (aux excellentes éditions de L'Eclat); Les villes invisibles, d'Italo Calvino (Point-Seuil, lu après avoir vu la belle expo de la station Luxembourg). Relecture éblouie : L'Amant de Lady Chatterley, de DH.Lawrence (à relire à l'aune de l'effacement progressif de la nature, merci Madame Ferran). Abandonnés sans remords : Ecstasy de Murakami, et Démolir Nizar de Chevillard, pour les mêmes raisons : ce sentiment que l'auteur s'y pastiche lui-même.  

En cours : Le Tunnel, de William H.Gass. La vague certitude qu'un tel ovni ne peut décidément pas être écrit par un écrivain français. Qu'il fallait l'assurance d'un succès déjà éprouvé ailleurs pour oser publier ça (superbe traduction de Caro). Mais excellente surprise de voir que de tels textes peuvent continuer à circuler, en dépit du tsunami réactionnaire sur les Lettres françaises.  

Par Gérard Larnac - Publié dans : Signes de piste
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Mercredi 16 mai 2007 3 16 /05 /Mai /2007 15:58

Je rencontrai Kenneth White à l'automne 1983, un soir de pluie à la Sorbonne, après une lecture donnée à La Madeleine. Après avoir passé l'année à lire sa poésie entre deux récits de Jack Kerouac (les minauderies de Robbe-Grillet et le Chomsky de la grammaire générative m'emmerdaient alors passablement), j'avais décidé de plaquer l'université de Caen et de partir sur les routes pour affiner mon enseignement. Et pour goûter le vent. Plus tard il y eut nos rencontres de Gwenved sur la côte de granit rose et ce beau numéro de la revue Terriers (Serge Velay). En 1989 Kenneth White fondait Les Cahiers de Géopoétique ; je fis partie d'un vague comité de rédaction. Là n'est pas l'important. Seule compte cette approche silencieuse de la lisière. Bien sûr, dans mon livre La Tentation des Dehors, sous le titre " Géopoétique de Kenneth White ", j'ai consacré quelques pages à sa revigorante poétique. Je persiste à croire que celle-ci concentre en elle, en dépit de certaines impasses manifestes (mais quelle œuvre n'en connaît pas), bien des ferments pour un nouveau départ littéraire. Conversations dans l'air vif. 

 

 

Kenneth White : Sur le plan littéraire, c’est le surréalisme qui m’a  attiré en France, parce qu’il posait les questions radicales. Il cherchait un autre espace qu’un espace purement littéraire. C’était un mouvement de fond, qui n’a peut-être pas abouti, mais qui posait les bonnes questions. Car avec son héritage du XVIIème siècle, la littérature française me semble parfois trop écrite, sur-littéraire. Cela dit j’aime bien une vigueur intellectuelle, et ça c’est français ; j’aime bien Descartes ; sa pensée est néfaste mais il a une énergie mentale formidable ! Ce que j’aimerais, c’est allier une certaine rigueur intellectuelle à des énergies libres, à un élémentarisme qu’on trouve chez certains Américains.

 

K.W : J’attache beaucoup d’importance au mot de « culture », que je n’entends pas au sens de quelque chose d’imposé, mais comme un espace à ouvrir : un espace de vie. La culture, pour moi, c’est le langage qui dit cet espace là. Je trouve que les programmes présentés comme « culturels » sont souvent d’un ennui mortel ! Parce qu’il n’y a aucune énergie, aucune vigueur : c’est guindé, fat, c’est poseur et pesant. Il faut redonner au mot « culture » toute son énergie. Prenez un mot comme « intellectuel ». Voilà un mot qui évoque chez nous quelque chose de desséché et d’existentiellement un peu creux. Tandis que les Chinois, pour « intellectuel », utilisent un mot qui signifie « l’homme du vent et de l’éclair » : voilà quelque chose !

 

K.W : Je crois que d’une manière générale, dans la culture occidentale, nous sommes séparés du monde depuis très longtemps. Le christianisme, mais aussi une certaine pensée grecque, nous ont séparé du monde. Nous avons tendance à vivre dans une sorte de cinéma mental, renfermés dans notre « personne ». J’essaie pour ma part de retrouver ce contact avec la nature qu’avait un vieux Grec comme Héraclite, qu’avaient les Amérindiens, certains Japonais, certains Chinois taoïstes. On vit mieux lorsqu’on est à la dimension du monde. Je n’aime pas cette idée selon laquelle on est enfermé dans notre petite personne et qu’on « s’exprime ». Non. Il y a un monde à dire. Un monde, là-dehors.

 

K.W : Je crois que nous pouvons essayer aujourd’hui de sortir du modernisme, qui pour moi commence avec Descartes et la séparation de l’esprit et de la matière. Le post-modernisme serait une manière plus synthétique de penser. Il s’agit d’écrire d’une autre façon. Je voudrais écrire dans une manière proche de la chorégraphie : que ça saute rapidement d’une chose à l’autre, que l’esprit soit toujours en éveil. On a dit que j’avais peut-être inventé une autre forme de livres. Un romancier fait des romans, un essayiste des essais, un poète des poèmes. Dans chacun de mes livres, il y a un aspect des trois : des pensées, quelquefois très rapidement, une petite phrase en buvant un café, qui illumine soudain le contexte. Et puis des bribes de poèmes. Ce sont des livres indéfinissables, comme la vie.

 

K.W : Je ne suis pas un voyageur systématique : je n’ai pas la bougeotte ! Il ne s’agit pas pour moi de couvrir du terrain. Je passe autant de temps dans ma bibliothèque que sur les routes. Je suis un nomade intellectuel, ou un intellectuel nomade ! « Etre sur la route sans avoir quitté la maison, être à la maison sans avoir quitté la route ». Tout ce que j’essaie de faire, dans ce que j’écris, dans ma manière de vivre, c’est d’être au monde.

 

 

 

Par Gérard Larnac - Publié dans : Carnet d'esquisses
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:53
Provocare c'est " appeler au dehors ". 
C'est là que nous allons.
 
Par Gérard Larnac - Publié dans : Lignes de faille
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:42

Il est parti à pied en direction de l’Inde ; puis trouvant la Grèce sur son passage, il décida d’y élire domicile.

 

Il vécut à Patmos, île la plus lointaine des Cyclades. On dit qu’elle fut habitée par Saint-Jean, celui qui rédigea, un jour de blues sans fond, son Apocalypse déjantée.

 

Il quitta les îles grecques en 1966, à l’arrivée des colonels.

 

Son physique de moine paillard, sa voix de ruisseau intarissable lui attirait partout l’amitié spontanée des simples comme des lettrés.

 

De  lui me restent ses livres, pas si nombreux – et une lettre ; une carte postale de Grèce plus précisément (il s’excusait d’ailleurs de la médiocre qualité photographique), pays depuis lequel il m’envoyait son salut plein de joie et de solaire connivence.

 

Je garde aussi en mémoire sa Sourate Dernière : « Trente années d’écriture. La vie et l’écriture. L’amour et l’écriture. L’ailleurs et l’écriture. Pas d’ambition. Pas de concessions. Peu d’argent. Beaucoup d’amour. Beaucoup d’amis. Pas de calculs. Refus des gloires enviées. Des itinéraires préparés. Des chemins publics. Des compromissions. Des institutions. Ecrire seulement pour être. Pour s’engager. Vers les autres. Avec les autres. Ecrire pour dé-river de l’homme ancien. Ecrire pour dériver vers l’homme à naître ».

 

Je ris à la pensée d’avoir de si bons maîtres. Je ris de les savoir au-delà des disparitions. Et vous salue, Jacques Lacarrière.

Par Gérard Larnac - Publié dans : Carnet d'esquisses
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:38
Destination : je ne connais pas de mot plus inutile, forgé à coup sûr dans la langue empesée des immobiles.
Par Gérard Larnac - Publié dans : Lignes de faille
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:30

Assisté en octobre 2005 à la projection de presse, en avant-première de la sortie du film DVD de Martin Scorsese : No Direction Home – Bob Dylan.

 

L’humour zen/juif de Bob, son art du mentir vrai devant la caméra, en plan très serré. Qui joue, qui invente, une fois encore, et au bout de combien de millier d’autres fois, des réponses à des questions impossibles. Histoire que le monde dorme mieux. Qu’il ait un début d’explication. Qu’il se sente en paix avec lui-même. Avec ses tricheries. Ses amères victoires. Tout ça me fait penser à « Pat Garrett et Billy le Kid », le film de Sam Peckinpah de 1973 que je viens tout juste de revoir : « Qui es-tu ? », demande le Kid à l’étrange personnage qu’y incarne Bob Dylan. « C’est une bonne question », répond celui-ci, du tac au tac, le regard en biais.  « Quel est ton nom ? ». « Alias ». « Alias qui ? ». « Juste Alias ». Ne cherchez pas. On n’a jamais fait mieux depuis.

 

« Nous voulons le vrai Bob Dylan », hurlent ses fans anglais lorsque celui-ci se produit pour la première fois avec l’excellent blues band de Mike Bloomfield. Le vrai Dylan… Avec son physique de brave gosse pas assez sauvage ; ni Brando, ni James Dean. Bob, c’est juste un musicien, ni pire ni meilleur, un type comme il y en a tant au Village ; mais un type qui un beau jour a eu l’idée bizarre d’inventer le besoin planétaire de Dylan. Comme ça : histoire de voir ce qui pourrait bien en sortir.

 

Pas d’identité. Ou alors une identité nomade. Opportuniste : partout chez elle. Nulle part chez elle. Mais quel homme coïncide-t-il vraiment avec lui-même ? Celui qui s’entraîne toujours plus loin sur la route, peut-être. Celui qui jamais ne stationne mais brûle le dur et s’envoie sans cesse au diable et continue, continue, continue.

 

Bob seul à retourner les questions vers le vide d’où elles surgissent : no direction, pas de réponse. Ou alors, si tu écoutes attentivement, le vent peut-être. Mais il y a beau temps qu’aucun journaliste parisien n’écoute plus le vent. Des faits. Des poncifs rutilants. Des petites rafales de consensus. La petite pantomime de la rationalité satisfaite.

 

Ca s’ennuie quand même vite, un journaliste parisien. Pensez : plus de trois heures de projection ! Derrière moi une vieille taupe à grand tirage soupire à fendre l’âme quand Joan, dans sa cuisine, prend la guitare pour nous pousser « Love is just a four letters word »...

 

L’inattention. La dispersion : voilà le mal qui nous égare. Bob, lui, est concentré sur son souffle, comme le chamane, précise Allen Ginsberg. Il sait. Il envoie. On ne peut vivre réellement qu’à ce niveau là. Quand ça déborde. Dans cette effusion là.

 

No direction. No direction. Juste ce déluge. Et la peur d’être sauvé.


Outtake  1 (rajout du 30 mai) : 

Pas vu Bob cette année car pas envie d'entendre ses chansonnettes pour club du 3e âge, mais à Lille l'an passé. 5 ans sans le voir. Je me suis dit qu'il était foutu de disparaître sans prévenir, urgence alors de l'entendre encore, me suis tapé la route, déçu encore par son côté raide, mais l'acceptant, Bob c'est comme ça, à prendre ou à laisser, oubliée ma place en tribune je suis devant la scène avec les mômes, mais les plus excités se calment vite, réfrigérés par l'ambiance à couper au couteau, Bob avec son espèce de Bontempi à moitié débranché (on lui laisse juste pour lui faire plaisir ou quoi), sans guitare (mais du coup moins de fausses notes aussi), les musiciens au look mafieux tendus jusqu'à la brisure, coups d'oeil affolés, lui froid, pas un regard, rien, All along the watchtower comme il ne l'a jamais chanté, solo guitares anémiques pour ne pas lui piquer la vedette (alors que ses guitareux sont des monstres), "ladies and gentlemen" pour présenter son groupe, cette impression de suicide lent qu'est devenu le Never Ending Tour, succession effrénée de dates de concert, pratiquement un par soir, aller au bout de cet épuisement, 12 ou 13 chansons, jamais plus, toujours les mêmes à deux variantes près, cette voix au maximum de ce qu'elle a à donner, jamais elle n'a atteint cette gravité lasse, cette maturité désabusée, voilà, c'est pour ça que j'aimerai toujours Dylan, cette lucidité de forcené, cette radicalité sans espérance, cette façon de ne pas être là (écouter "I'm not there, I'm gone" sur les boots des Basement Tapes), un seul aussi loin c'est Miles, la même note tue au creux des oreilles, l'éloignement sans recours.

Liens sacrés :

Ressources, MP3, Bootlegs : http://www.expectingrain.com/
Traduction française des textes de Dylan http://www.bobdylan-fr.com/


 

Par Gérard Larnac - Publié dans : Bob Dylan's Outtakes
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:23
Le froid ne contredit pas le chaud : il le rend possible. De même la fureur nous apprend l'attente de la paix. Il n'est pas de lucidité plus souveraine que celle que la tempête a touchée.
Par Gérard Larnac - Publié dans : Lignes de faille
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:19
Vieillir ce n'est peut-être rien d'autre que transformer ses espoirs en doute sans être capable d'en mourir sur le champ.
Par Gérard Larnac - Publié dans : Lignes de faille
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Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 21:00
La réalité n'est jamais que l'histoire de nos obsessions convergeant entre elles à partir d'associations fortuites et organisant le chaos pour lui donner l'apparence de l'ordre.
Par Gérard Larnac - Publié dans : Lignes de faille
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