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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 14:32

On ne veut plus habiter. Ni habiter l'ici, ni habiter sa propre vie. J'ai longtemps écrit pour mieux habiter : pour mieux s'éprouver soi-même, pour mieux retrouver l'autre, pour mieux inscrire son campement dans le territoire. Or tout ceci s'achève. La société devient liquide, fluide : passant d'un état à l'autre, d'une situation à une autre. L'organisation de cette instabilité, de ce mouvement perpétuel, est au bas mot ce par quoi Arendt définissait l'état totalitaire : jamais rien de fixe pour empêcher l'esprit de "faire le point". L'Histoire (dont nous sommes comptables, qui inscrit nos vies dans un récit cohérent et un futur à construire) est effacée. Le temps n'existe plus. Tout s'étire, hors sol comme on dit désormais. L'explosion du nombre des données disponibles se substitue à l'intelligence de ce peu qu'il nous faut comprendre : qui suis-je, que m'est l'autre, où me mènent ma liberté et ma conscience ? Aujourd'hui ce qui n'en passe pas par la superficialité du fluide est devenu inaudible : comme des ondes dans le spectre lumineux que l'oeil ne perçoit plus. La vitesse triomphe. La brièveté. Ainsi devenir imperceptible. Mais toujours entier dans l'émeute : veiller.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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