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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 10:43

Dépressif ou répressif, notre rapport au changement a oublié le cadeau qui nous est fait : car la nouveauté, c’est la vie ! Pourquoi faudrait-il en avoir peur ? Au diable les repères anciens et leur sécurité de taupinière : quand c’est l’ouvert qui nous est promis. Voyage au pays du possible.


Le changement est partout. Il affecte tout : les modes de vie, les structures, les idées, les individus… Bref, comme on disait naguère, « tout fout le camp ». Les repères habituels n’ont plus cours. Il faut « s’adapter ».

Oui mais : comment faire ? Il n’y a pas trente-six façons de s’adapter au changement. D’après la philosophe Catherine Malabou, il en existe trois. Soit le sujet résiste au changement et refuse obstinément de se laisser transformer, lui et son environnement : c’est la façon rigide. Soit le sujet accepte totalement de subir la métamorphose, renonce à son état antérieur et adopte les nouveaux contours de son identité : c’est la façon malléable. Soit le sujet négocie avec la nouveauté, et décide de transformer ce qui le transforme pour l’adapter.

Chez Hegel, cette troisième posture est dite « philosophique ». C’est celle qui entend utiliser l’énergie du changement de façon créative, et non passive. De même que face à une vague la survie dépend de l’attitude : on peut surfer dessus ou s’y noyer. L’attitude efficace consiste donc à ménager une marge d’initiative face aux nouvelles figures de la nécessité. C’est ce que Hegel nomme la « plasticité ».

La faute à ne pas commettre, et que l’on commet allègrement depuis dix ans, est double : elle consiste à voir l’individu comme une matière « flexible » (adaptable aveuglément, voire soumis), et à considérer le futur comme un facteur de contraintes inévitables. Tout tient au contraire dans les marges laissées à l’un comme à l’autre : le sujet reste maître de son choix, le futur ne s’écrit qu’en marchant et n’est pas un bloc constitué par avance. Tout se construit dans l’interaction. A travers la chorégraphie permise par le concept de plasticité où avancent l’un vers l’autre, dans un mouvement concerté mais non contraint, l’homme et le monde, le temps présent et le temps qui vient.

L’impératif catégorique de « s’adapter » absolument et strictement à un nouvel ordre des choses, par ailleurs mouvant et non strictement défini, tient de l’injonction paradoxale. On ne peut s’adapter qu’à ce que l’on connaît. Or ce qui vient reste en grande partie méconnu ; pensez qu’aucune « agence de notation » n’avait prévu la crise des subprimes qui a emporté la planète, quand les mêmes entendent désormais dicter le contenu et le rythme des réformes ! S’adapter d’accord ; mais à quoi ? Au lieu de rigidifier les cases et de normer toujours plus nos technostructures, on devrait au contraire laisser des vides, du jeu ; c’est par là, et par là seulement, que s’insinue le possible. On n’a pas autorité sur l’avenir, et ce n’est pas en prenant des mesures contraignantes que l’on peut avancer vers lui. Par contre l’attitude que l’on adopte à son égard le modifie en profondeur. La grande stupidité de l’époque que nous traversons consiste à prétendre que les choses sont déjà toute écrites ; qu’il suffit de flexibilité ici (côté citoyen), de rigidité là (la fameuse « rigueur » politico-économique).

Tout se passe comme si l’on vivait sous le postulat que « tout est écrit à l’avance », alors que « tout est en cours d’écriture tout le temps ». La vie est une invention permanente. Elle ne saurait en aucun cas se résumer à ces quelques diktats répressifs auxquels on voudrait soumettre nos contemporains.

La liberté de l’individu est à repenser comme un enjeu qui aura été, dans la bataille, considérablement perdu de vue.

Gérard Larnac copyright 2014.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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