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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 21:57

Les Google Glass préfigurent un monde nouveau : celui de l’Humanité 2.0. Après avoir su accéder à des millions d’individus dont il a soigneusement profilé et modélisé les comportements, le célèbre moteur de recherche a bien d’autres projets pour nous. Au cœur de sa stratégie une philosophie : le transhumanisme. Décodage pour l’ère cyborg.

 

 

Qu’il fasse l’objet de plus de 400 procédures pour pratiques anti-concurrentielles ou d’une condamnation par la Cnil pour sa politique en matière de respect de la vie privée, Google tisse sa toile sans coup férir. Avec un accès direct à plus de 300 millions d’utilisateurs dans le monde (90% de parts de marché en Europe), le moteur de recherche s’est constitué de gigantesques bases de données comportementales à l’aide de ses mouchards numériques. Par son ampleur et son acuité, cette nouvelle « connaissance client » (mais aussi citoyenne, politique, intellectuelle, sexuelle, etc.) préfigure une véritable société de surveillance comme aucun état policier n’en avait jamais rêvé.

Mais le géant de Mountain View ne compte pas en rester là. Le champ de ses récentes diversifications donne le vertige : informatique, biologie, nanotechnologie, sciences cognitives. Le moteur de recherche a pris pied dans l’ensemble des domaines où se joue le futur proche de nos sociétés : intelligence artificielle, robotique, drones, réalité augmentée, médecine... Rien ne lui échappe. En maîtrisant l’ensemble de ces différents territoires d’innovation dont il va orchestrer à sa façon la convergence, Google est en train, ni plus ni moins, de modeler le monde qui vient selon sa vision singulière.

Cette vision, quelle est-elle ? A la base de ce projet, une philosophie ; celle du transhumanisme, incarnée chez Google par le véritable pape de ce mouvement, Ray Kurzweil.  Le transhumanisme, c’est le dépassement de l’humain dans la technologie : la fusion de l’homme et de la machine, du neurone et du silicium. A ce titre la Google Glass, lunettes intelligentes à réalité augmentée, en est le signe avant-coureur. L’idée : la nature est un handicap qu’il convient de surmonter pour parvenir au souverain Bien. Et si demain on arrêtait de vieillir ? Et si l’on faisait reculer la mort ? On parle déjà de nano-robots injectés dans le corps afin de le réparer. Fondée en septembre 2013 par Google, la société Calico entend bien s’attaquer au problème.  Avec pour objectif vingt ans d’espérance de vie en plus à l’horizon 2035 ; et le projet d’uploader le cerveau pour le conserver en activité après notre mort ! Autant dire que le vieux fantasme d’immortalité est de retour. Mais à quel prix ?

Avant même la fin de cette première moitié de XXIe siècle, par l’augmentation de l’ensemble de ces capacités, l’homme aura peut-être définitivement quitté son état naturel. Une humanité 2.0 se prépare ; et ceci n’est pas de la science-fiction. Notre conception de l’humain va être complètement redéfinie, selon une vision du Bien exclusivement occidentale, transcendante, ultra-compétitive, impériale, technophile et hiérarchique, qui instaurera une fracture entre l’homme augmenté et l’homme non augmenté. Avec une question subsidiaire : à qui appartiendra un homme doté d’un cerveau augmenté par Google ? Et que devient la beauté si votre vision, augmentée, projette votre regard dans les pores de la peau de l’être qui vous est cher ?

Il y a dans le projet transhumaniste une haine psychotique du corps, de la chair, de l’éros. Or l’éros, c’est la vie. Et puis, dans cette course au suréquipement du cerveau, on a oublié une chose fondamentale : la survalorisation de l’intelligence et du Q.I, selon une visée purement fonctionnelle et utilitariste, par rapport à la conscience. Qu’est-ce que serait un super-héros augmenté de partout, sans la conscience ? Incapables d’enseigner aux hommes le libre usage de la pensée autonome, comme le voulaient les humanistes, nous voilà en passe de confier cette même autonomie à la machine. Un double échec.

Cette nouvelle ère marquera l’aboutissement du grand rêve prométhéen de l’homme sauvé par la technique. Finies la souffrance physique, l’inefficacité… Nous savons pourtant ce qu’est l’un des plus grands dangers  qui pèse sur le devenir de l’espèce humaine : l’autonomisation de la technique. Tchernobyl et Fukushima sont là pour nous rappeler les faits. Un processus qui échapperait à la volonté humaine, accidentellement ou délibérément, a désormais les moyens technologiques d’une destruction globale de l’humanité.

L’initiative est rapide, la délibération est lente. C’est pourquoi le progrès, de plus en plus fulgurant, s’il pose de plus en plus de questions, tend naturellement à s’éloigner de l’exigence démocratique. Il s’impose par une sorte de messianisme dont il ne s’agirait plus de débattre.

Nous sommes entrés dans une phase où se défient trois pensées antagonistes qui tentent chacune de prendre l’ascendant : le vieil humanisme, dont le déclin a éveillé les deux autres : le transhumanisme et le fondamentalisme religieux. Le premier était libre et éclairé. Les deux autres, délire neuro-technologique et obscurantisme, se rejoignent en une même barbarie.

Devant cette rupture historique qui se prépare, et dont nous sommes les contemporains, peut-être que l’homme hésitera à déléguer sa raison et ses rêves à la machine ; et que de ses imperfections mêmes, de ses limites naturelles, naîtront les sagesses à venir.

 

 

 

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Published by Gérard
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commentaires

Samuel, Weboref Consulting SEO 02/08/2014 16:34

C'est vrai que le transhumanisme de Google a de quoi laisser rêveur, et ils s'attaquent à la génétiques actuellement, pour "repérer" les maladies rares, pour le moment ....